La noblesse d’Empire 5/7

Avec Jean Tulard, de l’Académie des sciences morales et politiques
Jean TULARD
Avec Jean TULARD
Membre de l'Académie des sciences morales et politiques

Ecoutez Jean Tulard expliquer comment Napoléon a ressuscité la noblesse après la Révolution française. Elle avait été supprimée en 1789 car elle était contraire au principe de l'égalité. Pourtant, l'historien rappelle avec malice la maxime de l'empereur : «Qu'est-ce qui a fait la révolution ? La vanité. La liberté n'a été qu'un prétexte.» Jean Tulard complète : «Sous la monarchie, la bourgeoisie d'affaires se voyait exclue des sommets de l'Etat : c'est cette bourgeoisie qui a fait la révolution.» Elle veut sa récompense.

Émission proposée par : Françoise THIBAUT
Référence : hist518
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La bourgeoisie se retrouve donc au pouvoir sous Napoléon. La question d'une autre noblesse se pose car Napoléon en a besoin, avant tout pour assurer son régime. Pour se faire, il commence par instituer la Légion d'Honneur.
 

Napoléon : « Chez les peuples et dans les révolutions, l’aristocratie existe toujours : la détruisez-vous dans la noblesse, elle se place aussitôt dans les maisons riches et puissantes du tiers état ; la détruisez-vous dans celles-ci, elle surnage et va se réfugier dans les chefs d’atelier et du peuple. »

Sous le Consulat on trouve déjà une cour embryonnaire. Sous l'Empire, on compte les membres de la famille impériale (la noblesse est héréditaire) ainsi que des membres proches qui doivent être récompensés par des charges. Toutes les charges de l'Ancien régime resurgissent alors : Architrésorier, Connétable, Grand chancelier...

La noblesse assure une reconnaissance sociale. Elle récompense des services. Les premières nominations débutent en 1806 avec les officiers de l'armée puis le Sénatus Consulte du 1er Mars 1808 organise la noblesse d'empire. On voit resurgir les titres anciens : Prince, Duc, Comte, Baron, Chevalier, seul celui de Marquis ne reparaît pas, Molière l'ayant trop ridiculisé. Napoléon crée des «majorats» qui se rattache au titre de façon à le pérenniser.

Napoléon : « Je faisais disparaître la prétention choquante de la noblesse par du sang ; idée absurde en ce qu’il n’existe réellement qu’une seule espèce d’hommes, puisqu’on n’en a pas vu naître les uns avec des bottes aux jambes, et d’autres avec un bât sur le dos. »

Un titre peut être rattaché à un majorat c'est à dire à un ensemble de terres inalianables (celles conquises par Napoléon). Cela permet au titre de devenir héréditaire... ce qui est extrêmement recherché par leurs détenteurs ! Toutefois, il est soumis à certaines conditions dont la plus importante est l'approbation du Conseil du Sceau. Les terres mais aussi l'argent donné aux nobles vient du domaine de «l'extraordinaire» (c'est à dire des conquêtes qui apportent de nouvelles terres et de l'argent) et comme le précise Jean Tulard : «Cela ne se fait pas au détriment du contribuable français !». L'académicien n'oublie pas aussi de rappeler que le change peut réduire considérablement l'importance des sommes : «Dommage que l'Euro n'existait pas, cela aurait tout changé !».

Citations de Napoléon

- « Je ne blesse pas en donnant des titres qui sont accordés à tel ou tel sans égard pour la question, usée aujourd’hui, de la naissance. Je fais de la monarchie en créant une hérédité, mais je reste dans la Révolution parce que ma noblesse n’est point exclusive. Mes titres sont une sorte de couronne civique ; on peut les mériter par ses œuvres… »

- « C’est que cela aurait produit un grand mécontentement parmi le peuple. Si, par exemple, j’avais fait l’un de mes maréchaux duc de Bourgogne au lieu de lui donner un titre emprunté à l’une de ses victoires, cela eût excité beaucoup d’alarme en Bourgogne parce qu’on aurait pensé que quelques droits féodaux étaient attachés à ce titre et que le duc les réclamerait. La Nation avait tant de haine contre l’ancienne noblesse que la création d’un titre qui en eût quelque chose aurait excité le mécontentement général, et malgré ma puissance, je n’osais m’y exposer. »

"Napoléon et l’Empire, les années charnière 1808 et 1809" : une série proposée par Françoise Thibaut en partenariat avec la Fondation Napoléon, Thierry Lentz, Emmanuel de Waresquiel, Jacques-Olivier Boudon et Jean Tulard, de l’Académie des sciences morales et politiques. Dans cette émission, Jean Tulard évoque la noblesse d’Empire.

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