Alexandre Iᵉʳ, le tsar qui vainquit Napoléon

Avec Marie-Pierre Rey, professeur d’histoire russe et soviétique à l’université Paris I – Sorbonne
Avec Laëtitia de Witt
journaliste

Qui fut vraiment Alexandre Ier ? Marie-Pierre Rey s’appuie sur des archives jusque-là négligées ou inédites et éclaire d’une nouvelle lumière le destin énigmatique du tsar dont le destin reste entouré de multiples mystères. Son accession au trône n’est-elle pas liée à sa participation à l’assassinat de son père ? Sa mort tragique et subite au fin fond de la Russie ne fut-elle vraiment qu’une disparition volontaire pour se soustraire au pouvoir ? Les découvertes sont nombreuses dont la tentation catholique du tsar…

Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : hist548
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Alexandre Ier, tsar de Russie du 23 mars 1801 à sa mort le 1er décembre 1825, naît à Saint-Pétersbourg, le 23 décembre 1777. Il est le fils de Paul Ier et de Sophie-Dorothée de Wurtemberg, tsarine sous le nom de Maria Fiodorovna. En 1793, sa grand-mère, Catherine II, lui fait épouser Louise Augusta de Bade. Le règne d’Alexandre coïncide grossièrement avec celui de Napoléon, qu'il combattit à plusieurs reprises jusqu'à la bataille victorieuse de 1814.

Un tsar réformateur ?

Couvé par sa grand-mère mais élevé à la française, selon les préceptes du suisse La Harpe, Alexandre développe des idées libérales radicalement opposées à celles de son père Paul Ier auquel il succède dans des circonstances troubles. En fait, lorsqu’Alexandre est informé du complot contre son père, il espère que celui-ci ne sera que déposé. Or, le complot conduit à l'assassinat de Paul Ier. Un profond sentiment de culpabilité ne cessera d’hanter Alexandre jusqu’à la fin de ses jours. Ce parricide ou tsaricide restera à jamais une blessure ouverte.
- Quoiqu’il en soit, monté sur le trône, Alexandre cherche à engager son pays sur la voie de la réforme. Il encourage un projet de constitutionnalisation du gouvernement russe et octroie au Sénat un droit de remontrance. Il cherche également à favoriser l'émancipation des serfs. Cette œuvre réformatrice est toutefois limitée. On a souvent vu dans le recul d’Alexandre devant la réforme, un signe de son caractère velléitaire. Il n’en est rien ; la résistance de la noblesse et le manque de relais au sein de la société russe sont les principales faiblesses de son édifice. En outre, Alexandre a très vite été absorbé par le rôle majeur qu’il réussit à se tailler dans la diplomatie européenne.
Rappelons qu’Alexandre Ier fut le principal adversaire militaire de Napoléon. Dans un premier temps, allié à l'Autriche et à la Prusse, il est gravement défait à Austerlitz en 1805, puis à nouveau à Friedland en 1807. Il finit donc par accepter l’alliance avec la France (traité de Tilsit en 1807) contre l'Angleterre et la Suède. Cette nouvelle alliance permet à Alexandre de conquérir la Finlande. Cependant, des divergences apparaissent vite avec Napoléon et mettent fin à l’alliance. En 1812, la campagne de Russie s’avère effroyable. L’arrivée des troupes françaises dans Moscou et l’incendie de la ville traumatisent Alexandre qui se tourne alors vers la religion.
- Cette crise mystique ne fait que s’accentuer avec le temps. En 1825, quelques mois avant sa mort, il envoie son aide de camp à Rome, informer le pape Léon XII de son désir d'abjurer l'orthodoxie et de ramener la Russie dans l'Église Catholique Romaine.

Une mort controversée

Alexandre Ier meurt subitement le 1er décembre 1825 à Taganrog au bord de la mer d'Azov avant d’être inhumé à Saint-Pétersbourg. Il a quarante huit ans. Dès l'annonce de sa mort, des doutes naissent en Russie. La rumeur s'installe selon laquelle le tsar aurait simulé sa mort et se serait retiré loin des hommes, tandis qu'on lui substituait le cadavre d'un soldat lui ressemblant vaguement.
- Quelques années plus tard, un ermite du nom de Fiodor Kouzmitch fut reconnu par de nombreuses personnes comme étant Alexandre Ier. Arrêté, fouetté puis déporté en Sibérie, il devint starets et mourut le 20 janvier 1864 à Tomsk, en Sibérie.
- L'identité de Fiodor Kouzmitch et d'Alexandre Ier est aujourd'hui admise par certains historiens qui affirment qu'Alexandre se serait volontairement retiré du monde, probablement pour expier le meurtre de son père, Paul Ier, auquel il aurait involontairement pris part en donnant son appui à la conjuration chargée d’assassiner le tsar dément. Cette rumeur n'est ni confirmée, ni infirmée. Un élément vient, cependant, accroître le trouble : lorsque Alexandre III de Russie fit ouvrir le tombeau d'Alexandre Ier, afin de vérifier le bien-fondé des rumeurs de survie, le cercueil fut découvert vide...

Présentation de l'éditeur

Du tsar Alexandre Ier, son éternel rival, Napoléon en exil disait à Las Cases : « Il peut aller loin. Si je meurs ici, ce sera mon véritable héritier en Europe. » Napoléon est bien mort à Sainte-Hélène, en 1821 ; mais Alexandre le suivit dans la tombe dès 1825, à l'âge de quarante-huit ans. Et sa disparition brutale, survenue dans des circonstances troublantes, ajouta encore au mystère de celui que ses contemporains appelaient le « sphinx ». S'appuyant sur des archives jusque-là négligées et sur des documents inédits, cette biographie éclaire d'une lumière nouvelle le destin complexe d'Alexandre. Marie-Pierre Rey peint ainsi l'enfance du grand-duc, né en 1777, une enfance couvée et régie par sa grand-mère, Catherine II ; elle décrit son accession au trône en 1801, à la mort de son père, le tsar Paul Ier, assassiné sauvagement par des officiers dont Alexandre fut le complice. Cette note tragique qui ensanglante le début de son règne est vite oubliée, tant le bel empereur sait se faire aimer de sa Cour et de son peuple. Mais la volonté de réforme dont témoigne Alexandre est bientôt occultée par son duel avec Napoléon, qui culmine avec l'invasion de la Russie par la Grande Armée et l'incendie de Moscou en 1812. Sur cet échiquier titanesque qu'est alors l'Europe tout entière, le jeune tsar, d'abord craintif face à « Buonaparte », devient une pièce centrale, il est au coeur des manoeuvres diplomatiques qui se succèdent parallèlement au fracas des batailles... et peut ainsi entrer dans Paris, vainqueur, au printemps 1814. La gloire, pourtant, Alexandre en est las : à mesure que les années passent, c'est son salut qui préoccupe toujours plus le tsar, une obsession qui prend d'étranges chemins, puisqu'il envoie à Rome, peu de temps avant de mourir, un émissaire secret chargé de sonder le pape sur le rapprochement des Églises d'Orient et d'Occident. L'enquête de sa biographe dans les archives du Vatican notamment montre que la tentation catholique a bien effleuré le tsar Alexandre... Est-il vraiment mort, d'ailleurs, en 1825 ? Le doute subsiste...

L'auteur
- Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure, Marie-Pierre Rey est professeur d'histoire russe et soviétique à l'université Paris I-Sorbonne. Elle a notamment publié Le dilemme russe, la Russie et l'Europe occidentale d'Ivan le Terrible à Boris Eltsine.

- Retrouvez sur Canal Académie le portrait du tsar [Alexandre II par Hélène Carrère d'Encausse->http://www.canalacademie.com/Alexandre-II-le-printemps-de-la.html].

[Les dates principales dates d'Alexandre 1er sont sur Kronobase->www.kronobase.org/dates-alexandre-ier-de-Russie
]

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