Le Franqus, dictionnaire du français québécois standard

avec Mireille Elchacar et Jean Pruvost, lexicographes
Avec Jean Pruvost
journaliste

Mireille Elchacar, lexicographe dans l’équipe du dictionnaire Franqus est ici l’invitée de notre chroniqueur Jean Pruvost, professeur de l’Université de Cergy-Pontoise, directeur des dictionnaires Bordas, et, comme il faut s’y attendre, ils évoquent ensemble un nouveau dictionnaire, très attendu au Québec : le Franqus ! Découvrez ici son originalité.

Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : sav316
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_ Le Dictionnaire du français standard du Québec, le Franqus, est né en 2001 à l’initiative de Pierre Martel et d’Hélène Cajolet-Lagagnière, qui assure la direction linguistique de ce dictionnaire, avec Chantal Edith Masson qui assume la direction informatique de cet ouvrage ambitieux. Dans l’équipe, on repère également le grand professeur Louis Mercier, spécialiste de la description linguistique de la faune et de la flore, et bien sûr, Jean-Claude Boulanger, qui fut l’auteur du Dictionnaire québécois d’aujourd’hui.

Pourquoi un dictionnaire pour les Québécois ?

La volonté de se doter d’un dictionnaire général du français dont le public-cible serait québécois s’explique par les grandes différences entre les variétés européennes et américaines des français, et plus précisément, par la variété québécoise de français et la variété française (parisienne), traditionnellement décrite dans les dictionnaires usuels disponibles sur le marché.

Les particularités lexicales du français québécois par rapport au français de France touchent évidemment la langue générale. Pensons par exemple aux mots vieillis à Paris mais bien vivants au Québec (limonade pour citronnade, présentement) ou au rapport très particulier des Québécois confrontés aux anglicismes, qui les amène à utiliser traversier plutôt que ferry ou casse-tête au lieu de puzzle. Certains pans de vocabulaire contiennent, par nature, plus de particularismes : ce sont ceux qui dénomment des réalités nord-américaines. Le vocabulaire de la faune et de la flore, par exemple, regorge de mots désignant des animaux ou des plantes propres au continent américain (orignal, touladi, bleuet). Le régime politique du Canada n’étant pas calqué sur le régime politique français, ses noms de fonctions et d’institutions sont parfois propres à la monarchie parlementaire (gouverneur général) ou au fédéralisme canadien (bicamérisme). Tous ces mots qui servent à dénommer les réalités nord-américaines, qui illustrent la manière dont s’expriment les Québécois sont souvent absents des dictionnaires hexagonaux. Il serait déraisonnable de demander à un dictionnaire à la nomenclature d’environ 50 000 à 60 000 mots de convenir de manière aussi satisfaisante à tous les locuteurs du français, sachant que cette langue est sujette à une grande variation géographique.

Le Franqus : un dictionnaire original

Le projet Franqus n’est pas le premier dictionnaire général du français québécois à paraître à ce jour. Cependant, il est le premier à ne pas être une adaptation d’un dictionnaire français existant (ce qui était le cas du Dictionnaire du français Plus, adaptation par Claude Poirier et l’équipe du Trésor de la langue française au Québec d’un ouvrage de la maison Hachette, et du Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, adaptation par Jean-Claude Boulanger d’un ouvrage de la maison Robert). Le Franqus sera un produit original. Sa nomenclature a été bâtie à partir de la Banque de données textuelles de Sherbrooke (BDTS), qui regroupe plus de 52 millions de mots provenant de textes littéraires, journalistes, scientifiques, etc. La description (définition, exemples) se base aussi sur la BDTS.

La priorité du Franqus est la description de la langue standard en usage au Québec. La nomenclature, d’environ 50 000 mots, se concentrera donc sur les mots et emplois considérés comme la norme du français au Québec. Un système de marques informera le lecteur de l’acceptabilité des mots, et les emprunts critiqués à l’anglais les plus fréquents figureront à la nomenclature afin de renvoyer à la forme correcte en français. Ainsi, sous céduler, on proposera des équivalents selon les contextes (inscrire à l’horaire, programmer), et challenge renverra à défi pour un des ses sens.

Mireille Elchacar

Écoutez Mireille Elchacar, lexicographe distinguée dans le projet Franqus qui va aboutir au premier Dictionnaire québécois de langue française, entièrement conçu au Québec. Mireille Elchacar achève par ailleurs sous la direction du professeur Louis Mercier et de celle de Jean Pruvost une thèse de grande qualité sur les vocabulaires politiques en lexicographie.

En savoir plus :

- Le projet Franqus offre une version préliminaire sur Internet ici

Ecoutez également :
- Cinquante années de science dans le Larousse (1955-2005) par François Wesemaël, astrophysicien, professeur de l'Université de Montréal
- La Journée québécoise des dictionnaires, avec Monique Cormier
- La Journée des dictionnaires organisée à l’Université de Cergy-Pontoise

, la rubrique de Jean Pruvost.

À lire :
- L'article consacré par le journal Le Devoir à la Journée des Dictionnaires.

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