La bataille de Tripoli. Une chronique de François d’Orcival

de l’Académie des sciences morales et politiques
François d’ORCIVAL
Avec François d’ORCIVAL
Membre de l'Académie des sciences morales et politiques

Où en sont les combats à Tripoli ? Quand le colonel Kadhafi va t-il rendre les armes ? L’académicien journaliste François d’Orcival, éclaire la situation au micro de Canal Académie. Il vous fait partager la chronique qu’il donne, le samedi, dans Le Figaro Magazine.

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Quoiqu’il arrive, tout va se jouer à Tripoli. Militairement, politiquement. Une résolution du conseil de sécurité de l’Onu n’a jamais fixé une stratégie ; elle fournit des moyens. Sous l’intitulé « protection des populations civiles », la résolution 1973 a autorisé la campagne aérienne en cours en Libye. Que vise cette campagne ? Le colonel Kadhafi. Mais pourquoi lui et pas les autres ? Pour l’exemple ? Parce qu’il menaçait les populations qui se soulevaient chez lui ainsi que les réfugiés sahéliens présents sur son territoire.

Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, le disait le 8 mars à l’Assemblée : l’Italie et la France couraient « un risque réel d’être confrontés à un afflux soudain de migrants » – et « sans être inutilement alarmiste, il est de notre responsabilité d’anticiper et de prévoir… » La première étape de la campagne, engagée par les Français et les Britanniques suivis par les Américains, a donc été de sauver la Cyrénaïque, refuge des insurgés et des migrants sahéliens. Par là, on sauvait aussi une carte de rechange politique à travers le conseil national de transition libyen, mené par un représentant du monde de l’économie et un diplomate, et soutenu par un ambassadeur de Libye sur deux à l’étranger.

L’étape suivante, c’était l’attrition militaire des forces de Kadhafi : la Libye est un « bac à sable » idéal pour la destruction des convois blindés, de leurs lignes de ravitaillement, des moyens de communication, des dépôts de carburant, de munitions, des flottes d’avions et d’hélicoptères encore en état de vol. Cette phase a permis aux combattants improvisés de la rébellion de se reprendre, de s’armer, et de pousser devant eux les unités kadhafistes – vers Tripoli.

La phase actuelle est celle de l’attrition « morale » du régime. Celle-ci trouvera son aboutissement dans Tripoli où Kadhafi s’est retranché. Quand va-t-il « craquer » ? Il y eut 44 jours de bombardements aériens lors de la guerre du Golfe en 1991 ; il fallut 77 jours de frappes, au printemps 1999, pour briser la résistance de Milosevic en Bosnie. Intervenir au sol ? Outre que ce n’est pas autorisé par l’Onu, c’est surtout le souhait de Kadhafi : il rêve des combats de rue de Mogadiscio façon « chute du Faucon noir ». On ne le lui offrira pas. C’est à celui qui aura les nerfs les plus solides. Car le temps de la guerre n’est pas le temps médiatique.

Le texte de cette chronique est paru dans Le Figaro Magazine du samedi 26 mars 2011. Elle est reprise ici par son auteur, avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire. Les propos de François d'Orcival n'engagent que lui-même, et non pas l'académie à laquelle il appartient ni l'Institut de France.

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