Crise d’autorité

Plus que jamais d’actualité... la chronique de François d’Orcival
François d’ORCIVAL
Avec François d’ORCIVAL
Membre de l'Académie des sciences morales et politiques

La stabilité de l’Europe est aujourd’hui mise à mal par la crise qui la traverse. Dans cette situation, que faut-il attendre de l’Allemagne et de la France ? François d’Orcival revient sur cette crise d’autorité qui gagne du terrain.

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_ Crise des dettes souveraines, crise européenne, crise mondiale. Cela appelle, dit François Fillon, « une réponse calme, cohérente, sans ambigüité ». Les marchés, comme les opinions, détestent l’imprévisible et l’indécision. Or les trois poids lourds chargés d’apporter cette réponse sont aujourd’hui affaiblis : Barack Obama, en situation de blocage au Congrès, Angela Merkel, en difficulté avec sa coalition, Nicolas Sarkozy, en position de challenger pour la future présidentielle. Tous trois ont en commun d’avoir perdu leurs « élections intermédiaires » - renouvèlement du Congrès aux Etats-Unis, élections des Lander en Allemagne, sénatoriales en France. Sans autorité décisive, dénuée de toute « ambigüité », la menace qui pèse sur la stabilité de l’Europe peut déboucher sur l’explosion, le démembrement, de l’Union.

Nicolas Sarkozy préside le G8 et le G20, instances précisément créées pour dénouer les crises. Dans cette position d’entraîneur, le président de la République ne peut pas admettre de voir son pouvoir diminué. D’où les trois lignes laconiques publiées le soir du 25 septembre : « L’Elysée prend acte des résultats du scrutin sénatorial, qui est la conséquence de la progression de la gauche aux élections locales intervenues depuis 2004. » Rien de plus. Pas de réunion de cabinet. La gauche pavoisait ? C’était secondaire. Le fonctionnement des institutions n’en était pas affecté. Le chef de l’Etat était même rentré chez lui. Il présiderait donc normalement les instances du G8 et du G20. Et d’ailleurs, dès le lendemain soir, il intervenait à l’occasion de la réunion des ministres de l’Emploi de ce G20.
De même, il tiendrait d’une main solide le tandem franco-allemand. Lequel reposait cette semaine sur un vote au Bundestag, celui des députés allemands qui devaient se prononcer, ce 29 septembre, sur le fonds de garantie européen. Ils tenaient le sort de l’euro entre leurs mains, et la chancelière y jouait sa propre autorité.

François Fillon avait profité de la remise du prix de l’Audace créatrice pour expliquer le 22 septembre à Matignon : « Pour la France, quel est le défi ? S’assurer que le tandem franco-allemand, quel que soit le scénario, soit indéfectible… » Quel que soit le scénario – même le pire, la faillite de la Grèce ? Dans tous les cas, il faudrait préserver à tout prix le leadership franco-allemand, condition du sauvetage de l’euro et de l’Europe.

François d’Orcival

Le texte de cette chronique est paru dans Le Figaro Magazine du samedi 1er octobre 2011. Elle est reprise ici par son auteur, avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire. Les propos de François d’Orcival n’engagent que lui-même, et non pas l’académie à laquelle il appartient ni l’Institut de France.

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