Le crâne d’un grand singe de 20 millions d’années découvert en Ouganda

Rencontre avec Brigitte Sénut, paléontologue au Museum national d’histoire naturelle.

Le 18 juillet 2011, le crâne d’un grand singe, âgé de 20 millions d’années, a été retrouvé en Ouganda. C’est à Brigitte Sénut, paléontologue au Muséum national d’histoire naturelle et son équipe de chercheurs franco-ougandais que l’on doit cette fabuleuse découverte. La paléontologue évoque l’ Ugandapithecus major, ce lointain cousin des Hominidés...

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C'est dans son bureau du Museum national d'Histoire naturelle que Brigitte Sénut, paléontologue de renom, nous accueille. Elue femme scientifique de l'année 2008, Brigitte Sénut travaille sur le site de Napak 15, dans le Nord-Est de l'Ouganda depuis environ vingt-cinq ans. Cette persévérance s'est révélée payante puisque c'est la première fois qu'un crâne d'un grand singe est mis au jour.


Napak 15

Brigitte Sénut connaît très bien cette région de l'Ouganda et plus particulièrement, le volcan Napak, puisqu'elle a commencé à y travailler dès 1985. La paléontologue nous explique que cette zone, datant du Miocène inférieur et d'une superficie de près de 40 kilomètres carrés, est idéale pour la conservation de fossiles car «les cendres sont carbonatées et protègent les fossiles au lieu de les détruire».

C'est au sommet de la pente de ce volcan qu'a été découvert le crâne de l'Ugandapithecus major ; ainsi les chercheurs disposent-ils des régions temporales, des articulations avec la mandibule et d'une partie du foramen magnum, c'est-à-dire l'orifice de communication entre le canal vertébral et la boîte crânienne. Ce qui est sûr, c'est que le grand singe a des caractéristiques communes avec les orangs-outangs modernes et d'autres singes mais qui se situeraient plus dans la région eurasiatique. L'Ugandapithecus major évoluait vraisemblablement dans un environnement tropical humide et fortement boisé, comme l'attestent les nombreux fossiles de plantes et d'animaux que l'équipe de chercheurs franco-ougandais trouve depuis de nombreuses années sur ce site.

La vue occlusale permet d’observer les dents et la cavité du cerveau recouverte par les cendres volcaniques sur la partie gauche de la photo.

l'Ugandapithecus major

«Le grand singe est de la taille d'un grand chimpanzé mâle. Ses dents sont de la taille de celles d'un gorille, son endocrâne est de la taille de celui d'un babouin, donc c'est une combinaison très intéressante.» Ainsi, des études allométriques vont pouvoir être menées au Museum national d'Histoire naturelle et il sera par exemple possible d'observer les proportions de la boîte crânienne par rapport au crâne et donc de trouver de nouvelles informations sur le développement cérébral de ces grands singes fossiles. Des informations sur la forme de sa cavité nasale pourront également être mises au jour.
Autres éléments qui pourront, par la suite, révéler des informations précieuses : les dents du grand singe. «Elles sont impressionnantes en taille, toutes sorties et pourtant presque pas usées, on peut donc dire que ce singe serait un jeune adulte mâle», explique Brigitte Sénut. «On va apprendre beaucoup de choses sur la structure de l'émail, espère-t-elle également.
L'acquisition récente d'un nouveau scanner de pointe (l'AST-RX) par le Museum national d'Histoire naturelle, va évidemment apporter des pistes de travail supplémentaires. D'abord, la reconstitution en 3D va permettre de calculer le volume endocrânien, de voir la manière dont les sinus maxilaires s'expriment. «Et puis surtout, même si le toit crânien est effondré, on va pouvoir reconstituer le crâne en 3D.»

En ce qui concerne le mode de locomotion de ce grand singe, la paléontologue affirme qu'il devait être un animal arboricole, «cela se voit dans la forme particulière de l'omoplate, du fémur, de la main.»
Ce grand singe peut donc se déplacer en grimpé comme le chimpanzé et le gorille et à l'inverse des proconsuls qui étaient des quadripèdes arboricoles, mais n'étaient des grimpeurs qu'occasionnels.

Vue du crâne reconstitué de l’Ugandapithecus major

Dans 50 ans, peut-être un squelette...

En 2007 et 2010, Brigitte Sénut et son équipe de chercheurs avaient déjà mis au jour quelques dents fossilisées, puis des fragments de mâchoire en mauvais état. «Il se trouve que l'une de ces dents correspond parfaitement au niveau occlusion avec celles des maxilaires que l'on a avec ce crâne.» C'est pourquoi, Brigitte Sénut ne désespère aps de retrouver le squelette de cet Ugandapithecus major. «Si la mâchoire est tombée la première, le crâne arrivant maintenant, la colonne vertébrale et le squelette sont peut-être encore en place dans le niveau, mais on ne sait quand on pourra le trouver... Peut-être dans cinquante ans !»

En savoir plus:

- Ecoutez les autres émissions de la série Les métiers du Museum national d'Histoire naturelle

- Vous pouvez également consulter le site de la Société Francophone de primatologie et découvrir la revue de primatologie.

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