Quand la splendeur des Romanov brillait sur Moscou

Une exposition au Forum Grimaldi à Monte-Carlo
Avec Anne Jouffroy
journaliste

Une exposition au Forum Grimaldi à Monte-Carlo aborde le règne de la dernière dynastie des Tsars : les Romanov qui ont dirigé la Russie pendant trois siècles. L’art russe de la seconde moitié du XVIIIe jusqu’au début du XXe siècle brille de toute sa splendeur, cette exposition dévoile en 500 chefs d’œuvre combien Moscou fut une véritable capitale artistique sous le règne des derniers tsars, Alexandre III et son fils Nicolas II.

Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : carr609
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Photo de l’exposition au Grimaldi forum
© Grimaldi Forum

La beauté et l’âme des objets rassemblés permettent de recréer une authentique atmosphère russe évoquant le cérémonial de la liturgie orthodoxe, l’urbanisme, l’architecture, les églises aux coupoles dorées de Moscou, les fastes de la vie de cour et la magnificence des intérieurs de palais où vécut la famille impériale.

Sur la gauche sont alignées des chasubles dorées, brodées, lourdes, luxuriantes. Nous les imaginons sur les épaules des prêtres coiffés de leur tiare et entonnant, d’une voix basse et grave, un cantique à la gloire du Seigneur.

Chasuble
Russie, début du XXème siècle<br /> Musée historique d’Etat, Moscou<br /> Photographie © The state Historical Museum
Manteau de couronnement de l’Impératrice Maria Alexandrovna
Russie.1856 Musées du Kremlin, Moscou<br /> Photographie © The State historical-cultural museum-preserve &#147;The Moscow Kremlin&#148;

Sur la droite, presque frêle en comparaison des vêtements liturgiques, le pourpoint du costume de couronnement de l’empereur Pierre II au début du XVIIIe (1715-1730) voisine avec le manteau de couronnement, celui de l’impératrice Maria Alexandrovna (1824-1880), née princesse marie de Hesse et du Rhin, épouse d’Alexandre II, tsar de toutes les Russie au XIXe siècle (1818-1881). On rapporte que lorsqu’Alexandre vit Marie, il en tomba éperdument amoureux. Cet empereur fut surnommé « Le Libérateur », car il est à l’origine de la libération du peuple russe du droit de servage et pourtant…il fut assassiné en 1881 par un des mouvements terroristes partisans du tyrannicide! Une fin de règne injuste, oui, mais... Le vent de l’Histoire ne souffle-t-il pas bien plus haut que celui des hommes qui la font ? C’est une autre question !

Revenons sur terre , sur le Rocher de Monte-Carlo

Là, nous devinons l’allure de ces princes, leurs portraits dans une salle voisine sont somptueux et sont dressés comme pour avertir le visiteur et l’inciter au respect dans ce palais éphémère de la Côte d’Azur, consacré à « Moscou, splendeurs des Romanov » [[Grimaldi Forum Monaco, Monte Carlo, jusqu’au 13 septembre 2009.]] . Tuniques, chemises, chapeaux, bottes, tous ces costumes, en général, portés aux XVIIIe et XIXe siècles pendant les couronnements sont de vraies œuvres d’art ! Ne seraient-ce que les bottes des hérauts, les maîtres de cérémonie, dont le sommet de la jambe est anthropomorphe. Tête d’hommes sur le revers, velours frappé rouge et passementerie dorée sur toute la botte montrent la créativité de l’artisanat russe quand il s’agissait des fêtes impériales !

Paire de bottes d’un héraut du couronnement
Russie, XVIIIème<br /> Musées du Kremlin, Moscou<br /> Photographie © "The State historical–cultural museum-preserve" &#147;The Moscow Kremlin&#148;

Brigitte de Montclos - à qui ont doit déjà plusieurs expositions consacrées à la Russie, comme « Les Russes à Paris au XIXe siècle » au Petit Palais à Paris en 1996 et « Impérial Saint-Pétersbourg », au même Grimaldi Forum, en 2004 - a pu notamment, puiser dans les collections du Musée historique d’Etat de Moscou. Celui-ci a été fondé en 1872, et malgré la révolution soviétique, n’a rien perdu de ses richesses. « Uniquement, parce que tout ce qui était à l’Empire, a été immédiatement déclaré propriété de l’Etat », explique le commissaire de l’exposition.

Photo de l’exposition au Grimaldi forum
© Grimaldi Forum

Elle a ainsi visionné de nombreux films d’archives officielles, et aussi privés, pris par les membres de la famille impériale, retrouvés à Tsarkoïe-Selo, la résidence préférée de Nicolas II. La diffusion de quelques-uns d’entre eux permet, outre l’émotion qu’ils procurent, de saisir comment vivaient la Russie de l’époque et l’entourage même du tsar.
L’Empereur est aussi le représentant de Dieu en Russie et son image voisine avec celles de icônes. C’est le « Zemskii sobor », l’assemblée créée par Ivan IV le terrible en 1613, qui en élisant Michel Romanov, petit-neveu de la première femme d’Ivan, en a décidé ainsi.
L’Iconostase de l’église de la Sainte-Trinité de Nikitniki peinte vers 1634 présente ainsi dans sa plénitude ostensible, l’histoire de l’édification de la maison de Dieu. Cette pièce composée de quarante-huit images vient d’être restaurée et est, semble-t-il, sortie pour la première fois de Moscou.
On constate, ici, que malgré le déplacement de la cour, et du centre de la vie politique, voulu par Pierre Ier sur les rives de la mer Baltique, à Saint-Pétersbourg, Moscou est demeurée la capitale par excellence, dans laquelle tous les tsars furent couronnés.

Cette exposition est faite de symboles

A la veille du quatre centième anniversaire de la dynastie des Romanov, les objets présentés sur le Rocher - qui accueillit, après la Révolution soviétique, bon nombre de Russes émigrés- semblent montrer la pérennité de l’esprit russe.
Il ne s’agit pas de juger une politique, mais de saisir les liens et les modes de vie d’un peuple, qui nous est plus proche qu’on ne le pense :

- Les fameux verres du « service du tsar » viennent de Baccarat, en France. Les fours de la fabrique devaient fonctionner jours et nuits pour fournir les buveurs de vodka !

Service dit « du Tsar »
Ce service se compose d’un verre à eau, d’un verre à vin, d’une coupe de champagne et d’un petit verre à vodka.<br /> Il fut crée en 1906 pour la table du tsar Nicolas II.<br /> Collection patrimoniale, Baccarat<br /> Photographie © Baccarat

- Des vues de Moscou commandées par Alexandre Ier et Nicolas Ier à des artistes russes, comme Alexeiev surnommé le « Canaletto russe », et aussi à des artistes occidentaux, montrent la différence entre la ville avant et après l’incendie de 1812 (Napoléon, français de triste mémoire pour les Moscovites, était passé par là!)

Vue de la place Rouge avec en fond la Cathédrale Basile le Bienheureux
années1800, Musée historique d’Etat, Moscou<br /> atelier de F.Ya.Alekseev<br /> Photographie © The State Historical Museum

- Encore un dernier souvenir entre nos deux pays, et celui-ci nous en sommes plus fiers que le précédent : Nicolas II, Niki pour les intimes, offrait à sa femme « Alix », à chaque Fête de Pâques, un œuf conçu par Fabergé. Le premier, celui de 1897, et le dernier, celui de 1916, sont présents à Monte-Carlo. Gages d’amour d’autant plus émouvants qu’on connaît la suite !

OEuf de couronnement avec surprise à l’intérieur
St Pétersbourg, 1897, Carl Fabergé – Maître d’oeuvre : Michael Perkhin<br /> Présent de l’Empereur Nicolas II à son épouse Alexandra Feodorovna. Email, or, diamants, rubis, platine, cristal de roche. H : 12,7 cm.<br /> La Fondation Link of Times<br /> Photographie : © The Link of Times Foundation

- Pour conclure cette visite des trésors des Romanov, citons encore l’Evangéliaire (1627), ayant appartenu à Marfa Ivanovna, la mère de Michel, le fondateur. Ce volume, sans apprêt, ouvre et referme l’histoire d’une dynastie.

Évangéliaire, Encensoir, calice devant : triptyque portatif, custode, croix d’autel
Ces objets liturgiques sont en argent revêtu d’or sculpté par martelage XIXème Musée Historique d’Etat, Moscou<br /> Photographie © The State Historical Museum

Le premier des Romanov a accédé au trône de Russie, il y a 400 ans. Mais l'éclat de cette dynastie n’est pas éteint.

Mitre velours rouge, perles et pierres
Russie début XIXème,<br /> Musée Historique d’Etat, Moscou<br /> Photographie © The state Historical Museum


En savoir plus :

L'exposition Moscou : Splendeurs des Romanov se déroule du 11 juillet au 13 septembre 2009 au Grimaldi forum

Anne Jouffroy est historienne, rédactrice de la revue Signature.

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