Berlioz à Rome, le rendez-vous manqué

avec la musicologue Danièle Pistone
Avec Priscille Lafitte
journaliste

En 1830, Hector Berlioz gagne le Grand Prix de Rome et rejoint la Villa Médicis. A contrecœur. Il y passe un peu plus d’un an, développe son dégoût de l’Italie, compose peu, cultive un spleen parisien... mais finira par trouver, dans ses virées hors de Rome, une source d’inspiration qui se révèlera plus tard, dans des œuvres telles que Les Troyens, le Carnaval romain, la mélodie La Captive, et évidemment, Harold en Italie.

Émission proposée par : Priscille Lafitte
Référence : carr248
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_ Lorsque Hector Berlioz remporte le Grand Prix de Rome en 1830, c'est sa quatrième tentative à cette épreuve de composition musicale. C'est avec une œuvre qu'il apprécie lui-même très peu, La dernière nuit de Sardanapale, qu'il conquiert le jury de l'Académie des beaux-arts.
Mais "l'exil" en Italie, comme il le présentera souvent, ne l'attire guère. Il entreprend des démarches pour échapper à ce séjour loin de Paris et de sa vie musicale.
C'est donc à contrecœur qu'Hector Berlioz arrive à la Villa Médicis. Il a 27 ans. Il y reste un peu plus d'un an. Compose très peu, seulement ce qui lui est imposé par l'Académie des beaux-arts. Méprise la maigre vie musicale romaine. Juge ses condisciples vulgaires. Regrette Paris. Et menace de rentrer en France, ce que le règlement lui interdit.

Portrait de Berlioz par Signol à la Villa Medicis
appartient à l’Académie de France à Rome

Néanmoins, Hector Berlioz trouvera quelques compensations dans ses virées dans les alentours de Rome, à Naples et à Pompéi. Il rencontre Mendelssohn et Glinka. Et la "dolce vita", faite d'insouciantes balades, de rencontres pittoresques, de chasse et de chansons locales, l'emporte sur le spleen.
Contre son gré, Berlioz est parti en Italie. Et c'est presque malgré lui, lui qui abhorre le style musical italien, que l'Italie s'immisce dans ses œuvres tout au long de sa vie de compositeur. Roméo et Juliette, Les Troyens, La captive, Carnaval romain, et bien sûr, Harold en Italie, évoquent, dans certains traits mélodiques et constructions harmoniques, une douceur de vivre et une contemplation de la nature qu'il a apprises à Rome.

Villa Medicis

Au sujet de Danièle Pistone:
Danièle Pistone est musicologue, professeur à l'université La Sorbonne, spécialiste de la musique des XIXe et XXe siècles. Elle est membre correspondant de l'Académie des beaux-arts. Parmi ses ouvrages, on compte Musique en pensées (1989), Musique et expression française (1989), Poulenc et ses amis (1994), L’Opéra italien au XIXe siècle (2000). Elle a participé ou dirigé des ouvrages collectifs tels que Grieg et Paris (1996), Musique d’Orphée (1999), Musique et musiciens à Paris dans les années trente (Honoré Champion 2000).
Au sujet de Berlioz, elle a écrit Berlioz hier et aujourd'hui (L'Harmattan 2003), et l'article "Les musiciens français à Rome" dans la Revue internationale de musique française, juin 1984.
Danièle Pistone dirige l'Observatoire musical français.

Villa Medicis

Références discographiques des extraits diffusés:

- Harold en Italie op. 16
3e mouvement Allegretto : La sérénade d'un montagnard des Abruzzes
Wolfram Christ, alto. Berliner Philharmoniker, direction Lorin Maazel.
CD Deutsche Grammophon 415109-2 (1985)

- "Méditation religieuse" (extr. de Tristia op. 18, n° 1)
Monteverdi Choir. Orchestre révolutionnaire et romantique, dir. J.E. Gardiner
CD Philips 446676-2 (1996)

- La Captive, orientale op. 12, sur un poème de Victor Hugo
Françoise Pollet (soprano), Torleif Thédéen (violoncelle), Cord Garben (piano)
CD Deutsche Grammophon 43586062 (1994)

- Le Carnaval romain
Berliner Philharmoniker, direction Lorin Maazel.
CD Deutsche Grammophon 415109-2 (1985)

[

->http://www.omf.paris4.sorbonne.fr/]

Émission en partenariat avec l'Observatoire musical français

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