« Sauver la planète ? »

Par Isabelle Ledoux-Rak, professeure de chimie à l’ENS Paris-Saclay

L’idée de « sauver la nature » aurait paru incongrue dans les sociétés anciennes. C’est le développement industriel de la deuxième moitié du XXᵉ siècle qui conduit à une prise de conscience des dangers que font courir la surexploitation des ressources naturelles. En moins d’un siècle l’humanité a changé radicalement de point de vue sur la nature : autrefois puissante et indestructible, elle apparaît dans toute sa fragilité et l’irréversibilité de l’action de l’homme dans toute sa dramatique. Toutefois, on peut se demander si cette fragilité n’est pas intrinsèque à la nature elle-même ? En effet, le développement de la pensée scientifique a permis de sortir de la croyance d’un temps cyclique et a démontré que le monde physique et l’Univers entier ne sont pas éternels.

Deux pistes, aussi radicales qu’incompatibles, semblent s’offrir à nous pour conserver notre demeure habitable : soit des progrès technologiques supplémentaires permettraient de sauver la nature mais cela reviendrait à accentuer la pression actuelle de l’homme sur la nature ; soit une stratégie de conservation de ce qui peut encore être sauvé serait à développer, mais cette mise sous cloche est-elle compatible avec une véritable relation d’altérité entre les hommes et le monde non-humain ?

 Comment rétablir une relation équilibrée avec la nature ? Un changement de regard, une nouvelle forme de considération pour les dons que nous recevons de cette Terre pourraient constituer une étape indispensable. L’analogie avec la notion de logement ne signifie pas que nous en sommes propriétaire : la nature nous est avant tout donnée, la planète était là bien avant nous et pourrait continuer à exister si nous venions à disparaître. C’est ce que les religions veulent nous faire comprendre : notre rapport au monde ne saurait se penser en termes de possession et d’exploitation sans limites.

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