Delay is life : le conservatisme selon Sir Roger Scruton

Par Laetitia Strauch-Bonart, essayiste, éditorialiste et rédactrice en chef au Point

Sir Roger Scruton, né en 1944 et décédé le 12 février 2020, fut une figure pour le moins atypique dans le paysage universitaire et intellectuel anglais et encore davantage en France où il demeure peu connu. Intellectuel de droite, oxymore difficile à comprendre en France aussi bien qu’en Angleterre, il écrivit sur la politique, la culture, l’esthétique aussi bien que sur la musique, le désir ou la chasse. Pour Scruton, être conservateur, c’était penser la préservation civilisationnelle dans toutes ses dimensions, et la vie était affaire de conservation.

 

Il était le digne héritier de la tradition britannique conservatrice, constituée de deux pôles indissociables : un tempérament méfiant à l’égard du changement ou de l’innovation, et la préservation et la transmission à la génération suivante des pratiques, des mœurs et des institutions qui garantissent la stabilité d’une société. La préférence de Scruton allait à la préservation du modèle anglais dont il jugeait les institutions et les coutumes particulièrement adaptées pour stabiliser la société.  Il en vantait notamment la « société civile » - terme difficile à comprendre pour les Français qui l’associent aux syndicats ou aux associations – qui désigne cet espace situé entre l’individu et l’État, constitué de deux formes d’institutions : des traditions, comme la religion, la morale ou encore le mariage ; et des « associations libres » où les individus se réunissent pour exercer une activité commune. 

 

Or, pour Scruton, ces traditions et associations ont été menacées par les Lumières et le libéralisme politique qui ont exigé la séparation du temporel et du spirituel, acté la supériorité de la science et de la raison sur la religion et défini l’individu comme mesure de toute chose.

 

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