Lettres à la Duchesse Marie-Christine présentées par Elisabeth Badinter

Une lecture au théâtre du Vieux-Colombier à Paris, assurée par Vimala Pons

Elisabeth Badinter nous présente son livre qui rassemble des lettres d’amour écrites entre 1750 et 1763 par Isabelle de Bourbon-Parme à l’archiduchesse Marie-Christine. L’interview précède une soirée exceptionnelle de lecture qui avait lieu au théâtre du Vieux-Colombier à Paris.

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Canal Académie a enregistré la soirée exceptionnelle de lecture organisée par les éditions Tallandier, de lettres d'Isabelle de Bourbon-Parme.

Je meurs d’amour pour toi... le titre du livre d'Elisabeth Badinter paru chez Tallandier est explicite. Ces lettres d'Isabelle de Bourbon-Parme à l’archiduchesse Marie-Christine ont été rassemblées par l'auteur, impressionnée par «la maturité et la modernité de sa pensée». Petite-fille de Louis XV et de Philippe V d'Espagne, Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763) est une femme «exceptionnelle», qui appartient «au club très fermé des princesses philosophes». Mariée en 1760 au futur empereur Joseph II, elle séduit toute la famille impériale et tombe elle-même éperdument amoureuse de sa belle-soeur, l'archiduchesse Marie-Christine. Ses lettres et ses petits billets, qui ressemblent aux courriels de notre siècle, révèlent un caractère, des sentiments et une intelligence hors du commun ; ils lèvent aussi le voile sur certains secrets de la cour de Vienne.

Dans l'interview accordée à Canal Académie, Elisabeth Badinter nous parle d'une femme d'une grande «indépendance d'esprit», et nous fait part de l'importance à ses yeux de faire exister «cette femme hors du commun qui appartient pourtant au petit nombre d’authentiques intellectuelles de l’époque».

Ecoutez dans un premier temps l'interview d'Elisabeth Badinter puis la lecture de lettres par Vimala Pons du Jeune théâtre national.

- Extrait d'une lettre datant de février 1761 qui concerne le sort des princesses :

«Vous avez désiré, chère Soeur, que je vous dise sincèrement
ce que je pense sur votre sort, et vous avez semblé vouloir
pénétrer quels étaient mes réflexions et mes sentiments. Je
n’hésiterai pas à ouvrir mon coeur à la plus tendre et à la plus
chère amie.
À quoi doit s’attendre la fille d’un grand prince ? Son sort est sans
contredit le plus malheureux. Esclave en naissant des préjugés
du peuple, elle ne naît que pour se voir assujettie à ce fatras
d’honneurs, à ces étiquettes sans nombre attachées à la grandeur.
Quoique son état la mette dans le monde lorsqu’à peine
encore elle sait bégayer, sa condition la prive de la connaissance
de ces mêmes hommes desquels elle est entourée. Le rang
qu’elle tient, loin de lui procurer le moindre avantage, la prive
du plus grand agrément de la vie, de ce qui est donné à tous les
hommes de la société. Elle trouve souvent dans sa famille
même de quoi l’attrister : est-elle nombreuse ? La différence des
caractères, les intrigues qui ne sont que trop fréquentes à la
Cour la mettent chaque jour dans le danger ou de se pervertir,
ou de s’y trouver innocemment mêlée. Est-elle peu nombreuse
? L’union qui y règne ne la dédommage pas du temps
qu’elle est obligée de donner à des soins importuns ou à des
cérémonies ennuyeuses. Voilà le portrait et la situation d’une
jeune princesse qui ne peut trouver même dans sa famille les
recours que le dernier des particuliers renferme dans sa petite
coterie : obligée de vivre au milieu du grand monde, elle n’y a
pour ainsi dire ni connaissance ni amis. Ce n’est pas tout. À la
fin, on cherche à l’établir. La voilà condamnée à abandonner
tout, sa famille, son pays, et pour qui ? Pour un inconnu, pour
une personne dont elle ignore le caractère, la façon de penser,
pour une famille qui peut-être ne la verra qu’avec jalousie, ou
du moins prévention. Sacrifice d’un prétendu bien public, mais
plus encore de la politique malheureuse d’un ministre qui ne
sait trouver d’autres voies pour lier deux maisons, pour former
une alliance qu’il annonce indissoluble, et que la première
apparence d’avantage rompt aussi facilement qu’un engagement
pris sans réflexion. Elle part, abandonne ce qui lui est de plus
cher, dans l’incertitude même de plaire à celui auquel on la
destine. Peut-on rien trouver de plus dur, si l’on réfléchit
bien, à cette situation ? Mais reste-t-elle fille toute sa vie, elle
n’a rien de mieux à espérer que le sort qu’on vous offre aujourd’hui
?
»

Partenaires :

Canal Académie et les éditions Tallandier sont partenaires pour vous faire partager ces soirées de lecture. Organisées par Antoine Sabbagh, directeur de la collection d’histoire contemporaine des éditions Tallandier, elles ont lieu dans un théâtre parisien en une soirée unique et exceptionnelle.

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